Dans les marchés populaires, les prix donnent le tournis. Et la régulation tant serinée n’a pas pour autant permis d’atténuer un tant soit peu la fièvre qui s’en est emparée des étals. M. Benaïssa rappelle, à ce propos, que les prix sont soumis à la loi de l’offre et de la demande, avec cette précision que le gouvernement est en train de tout mettre en œuvre pour réguler le marché. Percevant les limites, voire l’inefficacité de l’ancien système de régulation de prix des fruits et légumes, le ministre est venu annoncer une nouvelle « opération de régulation » du marché. Il s’agira, selon ses explications, de la réhabilitation des entrepôts de froid et la mise en place de bases logistiques par des entreprises publiques et qui devront être installées dans les wilayas de Sétif, Chlef, Aïn Defla et Aïn Mlila.
« A la lumière de cette réhabilitation, je pense que le système de régulation aura des effets concrets », espère-t-il. En clair, le ministre n’est pas arrivé à bout de sa stratégie de mettre un peu d’ordre dans la maison, qui semble tout compte fait échapper carrément à son contrôle. De son côté, Mohamed Cherif Ould El Hocine, président de la CNA, ne s’est pas gêné pour voler au secours de deux ministres que les observateurs tiennent pour responsables de la flambée de la mercuriale. « C’est scandaleux qu’un kilo de tomate soit écoulé à hauteur 140 DA, mais la faute ne relève pas du ministère de l’Agriculture ou celui du Commerce », a-t-il tonné lors de son allocution au cours de l’assemblé ordinaire du CNA. Le problème, selon lui, tient au déficit important en matière d’infrastructures de commercialisation des produits agricoles frais. Pour étayer ses propos, M. Ould El Hocine révèle que 71% de la production agricole passe par le circuit informel.
Il avance le chiffre de 11 marchés informels de gros. Ceci alors que l’Algérie, dispose, note-t-il, de seulement 42 marchés de gros formels. « C’est insuffisant. Cela ne peut pas contenir toute la production nationale agricole, évaluée annuellement à 96 millions de tonnes, tous produits confondus », déplore-t-il. Il indique dans la foulée que seules 703 communes sur le territoire national disposent de marchés de détail. Les autres, soit 830 communes, sont dépourvues de ce genre de structure de commercialisation. « C’est aberrant », commente-t-il. En somme, le président du CNA s’insurge contre l’influence qu’exercent beaucoup de commerçants. A titre indicatif, il n’y a, selon lui, que 4200 mandataires en Algérie. « Il existe une situation de monopole dans les marchés », tente-t-il d’expliquer, en appelant le gouvernement à mettre la main à la poche afin de construire de nouvelles infrastructures destinées à la vente de produits agricoles frais.
Pour M. Ould El Hocine, tant que les pouvoirs publics ne reviennent pas aux anciens modes de gestion et de commercialisation, à l’instar des Coopérative des fruits et légumes (Cofel), la régulation du marché n’est pas pour demain.