La Suisse se classe au deuxième rang, derrière les Etats-Unis et devant le Danemark, en matière de compétitivité économique. Tel est le classement établi par le rapport 2008/2009 du Forum économique mondial (WEF), publié hier, qui recueille l’opi­nion de 12 000 chefs d’entrepri­ses dans 134 pays étudiés.

«L’économie suisse montre sa capacité à gérer la crois­sance », explique Thierry Geiger, économiste du WEF. Des louan­ges lui sont attribuées pour les dépenses élevées en matière de recherche et développement: ses instituts de recherche scien­tifique figurent parmi les meilleurs au monde et la colla­boration étroite avec l’industrie favorise la commercialisation des produits et des procédés issus de la recherche fonda­mentale.

Le cadre institutionnel, ca­ractérisé par le respect de l’ Etat de droit, est également l’un des atouts majeurs du pays. Le haut niveau d’éducation est large­ment reconnu de même que la qualité des écoles de manage­ment et de l’enseignement dans les écoles d’ingénieurs.


Les Etats-Unis résilients

A l’inverse, si le savoir-faire suisse en matière financière est reconnu, la qualité du système bancaire est mise à mal. L’étude, qui a été réalisée avant la crise des banques de Wall Street et l’adoption du plan de sauvetage américain doté de 700 milliards de dollars, dé­grade de la 1re à la 16e place en un an seulement, sur fond de crise pour UBS. «On peut s’attendre à une chute plus brutale l’année prochaine», a commenté Thierry Geiger.

«L’augmentation des prix des denrées alimentaires et de l’énergie, l’importance de la crise financière mondiale et le fléchis­sement qui en résulte pour les grandes économies obligent les décideurs politiques à relever de nouveaux défis en termes de politique économique», soulève aussi Xavier Salai-i-Martin, pro­fesseur d’économie à l’ Université de Columbia et coauteur du rapport. Malgré cela, le classement conserve toute sa valeur car il évalue la capacité d’une écono­mie à absorber les chocs et à se rétablir rapidement, estime Margareta Drzeniek Hanouz, également auteur du rapport. Il faudra attendre l’édition 2009/2010 pour mesurer les ef­fets du marasme financier sur l’économie mondiale. Tous les scénarios peuvent encore, d’ici là, s’enchaîner.
«Bien que la crise financière affecte déjà l’économie réelle, il n’est pas sûr que certains fac­teurs cruciaux de la compétiti­vité tels que l’éducation, la qua­lité des infrastructures et la capacité à innover seront tou­chés par le ralentissement, ajoute Thierry Geiger. Au con­traire, nous pensons qu’ils pourraient favoriser la rési­lience des pays face à la crise.» Pour les économistes du WEF, la crise financière aux Etats-Unis n’enlève en effet rien aux facteurs qui sous-tendent la compétitivité de l’économie américaine et à sa forte capa­cité à surmonter les chocs éco­nomiques. Ils se disent toutefois soucieux des déséquilibres macroéconomiques, des déficits répétés et d’un endettement pu­blic croissant qui vont limiter leur marge de manoeuvre à l’avenir.

Tribune de Genève 9.10.2008