J.-F. Rischard de l’Institut de la Banque mondiale dans son exposé sur l’économie fondée sur la connaissance (EFC) “ Méthodes et Concepts ” explique : construire une nouvelle économie fondée sur la connaissance exige une nouvelle règle de jeu.
Penser autrement, plus large, en profondeur et en termes de résultats. Cela sous-entend un gouvernement modèle qui a une vision stratégique, ouvert au dialogue et sur le monde et possédant des valeurs pro-changements. L’expert de l’Institut de la Banque mondiale pense que l’Algérie, avec les moyens colossaux dont elle dispose, une population très jeune, un réseau de téléphonie d’une densité remarquable, peut prétendre à la mise en place d’une économie fondée sur la connaissance. Beaucoup d’ingrédients de l’EFC sont là. Mais en même temps, la rente pétrolière peut constituer un frein. Le gouvernement n’est pas mis sous pression pour entreprendre les réformes nécessaires. C’est que les pays qui réussissent dans cette voie, la Suède, la Corée du Sud, le Danemark, Dubaï, l’Irlande, le Chili, la Malaisie pour ne citer que ceux-là étaient tous, à un moment donné, confrontés à une crise de régime d’incitation économique, éducation, innovation et technologies de l’information et de la communication (TIC) qui sont les piliers de l’économie de la connaissance. Dans ces quatre domaines, le retard algérien est considérable. Il faut reconnaître que les scores de l’Algérie dans les différents domaines qui font l’économie de la connaissance, et donc qui alimentent les moteurs de la croissance, et de la compétitivité, sont bien médiocres. Comme on peut le constater, l’immobilité est de règle dans un domaine vital pour le développement, la compétition économique mondiale et l’avenir de la société. Comment peut-on parler de progrès, d’insertion à l’économie mondiale, de bonne santé de l’économie quand le carburant nécessaire au moteur qui tire cette économie est absent ?
L’Algérie est devant un défi majeur : celui d’avoir à réussir sa transition systémique en basant ses efforts sur le capital humain, dans un mouvement qui doit être porté par une stratégie d’Etat tendue vers la quête des facteurs d’innovation, d’amélioration de la compétitivité et de l’attractivité de l’économie, mouvement dans lequel doit être impliqué l’ensemble des acteurs de l’économie et de la société. Si, dans tous les pays, l’entreprise a toujours été considérée comme le lieu privilégié de la production de valeur, c’est l’Etat qui, en Algérie, a été pendant longtemps l’acteur économique omnipotent qui se posait officiellement comme le moteur de la croissance et du développement économique et social ; l’entreprise, tous statuts confondus, était confinée dans une fonction de relais ou d’instrument pour la mise en œuvre de politiques décidées en dehors d’elle. C’est surtout pour souligner qu’en dépit des transformations radicales intervenues dans son environnement économique, l’entreprise algérienne reste encore fortement marquée par cette expérience difficile et qu’elle n’arrive toujours pas à faire entendre sa voix pour faire converger vers ses finalités l’action des autorités économiques publiques. Or, il est primordial de comprendre qu’une bonne cohésion entre les finalités de l’Etat et celles des entreprises est indispensable pour que soient assurées la cohérence et la stabilité de nos politiques économiques et pour maintenir la continuité de la croissance. C’est là, de l’avis du Forum des chefs d’entreprise, une question essentielle si l’Algérie veut s’adapter à ce monde qui connaît une mutation accélérée des sociétés qui le constituent et où la nouvelle économie fondée sur la connaissance transforme les modes de gouvernance et de gestion des affaires, les modes de communication, et, bien plus encore, les modes de vie des gens. Ce qui implique de profondes révisions dans notre manière d’organiser les rapports entre les décideurs politiques, la société civile, les entreprises, et toutes les institutions du pays, et dans la manière de comprendre les articulations entre les forces du marché et les mesures de régulation publique. Les enjeux liés au développement économique moderne appellent une remise en question profonde de l’ensemble des systèmes d’éducation, d’enseignement, de recherche et de formation qui constituent les piliers de l’économie fondée sur la connaissance. Dans un monde où l’économie est de plus en de plus basée sur le savoir et où les capacités de réaction des entreprises doivent désormais être proches du temps réel, l’éducation et la formation ne peuvent plus se contenter de subir les phénomènes de modernisation ; elles doivent les accompagner et, au-delà, les anticiper.

L’économie vulnérable, volatile et trop dépendante des hydrocarbures
L’ex-Chef du gouvernement M. Ahmed Benbitour, a dressé un constat des plus inquiétants de l’économie algérienne. “L’économie algérienne se caractérise par un fort potentiel de développement mais elle reste vulnérable, volatile et dépendante des hydrocarbures”, avait-il souligné. Benbitour qualifie l’Algérie pays exportateur de richesse et importateur de pauvreté. Argument : la balance commerciale a enregistré un excèdent cumulé de 85 milliards de dollars en quatre années. Le volume des réserves de change avoinerait les 150 milliards de dollars à l’horizon 2010, pour un niveau dette extérieure quasiment nul. Le patrimoine donc existe, mais il est vulnérable et menacé par l’évolution du pays en termes de démographie, de choix économiques, aux choix économiques concentrés essentiellement sur l’exploitation des ressources non renouvelable et une rente basée sur la redistribution et non sur la production et d’aménagement du territoire. L’économie algérienne, en plus d’être vulnérable, est très volatile. La fiscalité ordinaire ne couvre que le tiers des dépenses globales et moins de 60% des dépenses courantes. En d’autres termes, sans fiscalité pétrolière, il faudrait supprimer totalement les dépenses d’équipement et il réduire de 40% les dépenses de fonctionnement. Les dépenses budgétaires dépendent très fortement de la fiscalité pétrolière et de la parité du dinar. Les exportations hors hydrocarbures ne couvrent que 4% des importations. La situation n’a pas été toujours ainsi.
Le deuxième élément caractéristique de l’économie algérienne, c’est la dépendance. L’économie algérienne est très fortement dépendante des exportations d’hydrocarbures, qui représentent plus de 98% des recettes globale d’exportions. Et la fiscalité pétrolière avoisine les 75% des recettes budgétaires totales. En plus de la dépendance vis-à-vis des hydrocarbures, il y a la dépendance alimentaire. Notre pays importe 75% des calories consommées. Il faut bien considérer, c’est un point important pour Benbitour, que chaque quantité de pétrole et du gaz exportée “est au départ un appauvrissement potentiel de la nation du profit du reste du monde”. Du coup, l’Algérie se serait potentiellement appauvrie de 150 milliards de dollars d’hydrocarbures exportés entre 2003 et 2006. Ce n’est pas nécessairement une perte. C’est l’utilisation qui est faite de ces recettes qui confirmera ou infirmera, a posteriori, cet appauvrissement. L’utilisation qui est faite des recettes d’exportations et de la fiscalité pétrolière devrait, de ce fait, être un investissement sur l’avenir et pas une dilapidation d’une ressource non renouvelable et, par conséquent, une hypothèque sur les générations futures. L’Algérie connaît, certes aujourd’hui, une aisance financière sans précédente. Mais cette aisance financière est la résultante de l’augmentation de la production d’hydrocarbures et des prix sur le marché mondial du pétrole, du fait des facteurs externes qui échappent au contrôle des autorités algériennes. Compte tenu de volumes de production projetés (1,5 à 1,7 millions de barils jour de pétrole et 85 milliards mètres cubes exportés), les réserves de pétrole récupérables prouvées atteindront un plateau élevé entre 2010 et 2020 et commenceront à décliner par la suite. Pour le gaz, le plateau se situera entre 2015 et 2025 pour par la suite décliner. La totalité des réserves récupérables prouvées serait extraite d’ici 2050, si aucune découverte ne vient prolonger la durée de vie des réserves. L’aisance financière serait alors qu’un leurre.

L’économie fondée sur la connaissance, ce n’est pas seulement les techniques d’information et de communication.
L’après pétrole, c’est la nouvelle économie fondée sur la connaissance. M. Bouzidi explique les caractéristiques de cette nouvelle économie. “La nouvelle économie c’est la croissance intensive, robuste, c’est-à-dire sans inflation et sans déficit budgétaire et en même temps inscrite dans la durée”, argumente-t-il. “Une croissance, sans fort taux d’accumulation du capital, c’est cela l’économie fondée sur la connaissance”, ajoute-t-il. Le professeur Abdelmadjid Bouzidi estime qu’il faudrait d’abord faire l’engineering de l’économie algérienne, connaître les points forts et les faiblesses. L’économie algérienne malheureusement se caractérise aujourd’hui par une croissance molle, de type intensif, la productivité des facteurs est très faible et enfin la compétitivité est absente. C’est tout le contraire d’une économie fondée sur la connaissance. Comment alors mettre en place cette nouvelle économie ? Il faut chercher des niches pour en faire des succès story. L’économie fondée sur la connaissance, avertit-t-il, ce n’est pas seulement les techniques d’information et de communication. La mondialisation de l’économie exige la compétitivité et les avantages compétitifs sont assurés par l’économie de la connaissance. D’où la nécessité d’un nouveau schéma d’allocation des ressources ou l’importance doit être accordée à l’économie fondée sur la connaissance. Beaucoup d’ingrédients de l’EFC sont là. La question est comment les mélanger pour que “la mayonnaise prenne”. Quel est le rôle des acteurs, l’Etat est les entreprises, notamment. Autant de questions soumises au débat.